Paola-Audrey: la nouvelle reine de l’information Afrique Francophone.

Par Diane T.

A 22 ans seulement, elle est co-fondatrice et rédactrice en chef de « Fashizblack », devenu un des médias panafricain de référence en matière de mode. De blog mode, ce projet se transforme en magazine digital, puis en publication imprimée en 2012 et aura pour vocation de mettre en avant tous les talents créatifs de mode, beauté et life style afro aussi bien sur le continent que dans les diasporas. Avec son associée Laure Eboa, elle publie « Global Africa », toujours dans cet élan de valoriser les entreprises, marques, magasins, photographes, etc… qui font vibrer la mode en Afrique. Toute cette expérience cumulée avec « Fashizblack » lui permet d’établir en 2013 son agence « Pannelle & Company » spécialisée dans le conseil en marketing et relations média pour le secteur créatif et du divertissement en Afrique. Vous l’aurez compris, elle c’est Paola-Audrey NDENGUE, l’une des nouvelles figures de l’univers médiatique – Afrique francophone.

 

Son tout récent projet « Le Débrief » dont elle est la productrice et la présentatrice, l’a propulsé encore plus loin qu’on ne l’imaginait. A la base prévue comme émission télé, « Le Debrief » voit sa trajectoire complètement détournée vers un décor plutôt digital. L’arrivée de la pandémie Covid-19 a en effet conduit beaucoup d’émissions à changer de décor. Le premier épisode-test est diffusé en mai 2020 et les internautes sont plus que séduits et en redemandent. Et c’est  ainsi que la première saison de 15 épisodes voit le jour. Votre magazine est allé à la rencontre de celle qui est derrière cette émission à succès pour en savoir un peu plus…

 

Bonjour Paola, d’où t’est venu le déclic pour lancer une telle émission ?

Le BRIEF est une émission que je « prépare » depuis environ deux, trois ans. A l’époque, je l’avais appelé « Le Récap » et l’idée était de présenter l’actualité africaine avec un ton différent, pouvoir donner un point de vue de l’Afrique sur l’Afrique et éventuellement pouvoir informer également la diaspora qui parfois n’a pas accès à certaines informations. Entre temps, j’ai créé une autre émission qui s’appelle AFRIQUE & POP qui était un peu dans ce même ton mais plus axée sur la culture et le divertissement. Par la suite, je me suis dit que pour le DÉBRIEF, il fallait que j’élargisse un peu plus le champ, et donc parler également des questions politiques et sociales parce qu’elles affectent la vie des africains au quotidien et qu’il y a beaucoup de choses à dire sur le sujet.

 

Que retiens-tu de la première saison  ?

Ce que je retiens, c’est que le public du DÉBRIEF à été clairement identifié avec cette première saison. Je me rends compte que les sujets qui ont été abordés intéressent et passionnent. Il y a toute une frange du public afro aussi bien sur le continent que dans la diaspora qui avait besoin d’une plate-forme sur laquelle s’exprimer mais aussi apprendre, découvrir ce qui se passe, avoir d’autres points de vue qui tranchent avec ceux qui sont relayés par les médias grand public. Je suis satisfaite qu’on ait bien ciblé notre public avec cette première saison et on s’est également nourri des retours des spectateurs. C’est donc sur cette base que l’on va essayer d’enrichir la deuxième saison.

Quels sont les épisodes qui ont eu le plus d’impact ?

Pour ce qui est des épisodes qui ont eu le plus d’impact en terme de vitalité, de partage, de commentaire, je commencerais par l’épisode 8. Cet épisode a eu beaucoup d’impact à cause de mon introduction très sarcastique où je répondais à certaines personnes qui laissaient des commentaires en rapport avec mes choix capillaires. Je crois que ce n’était pas attendu, les gens s’attendaient à voir une émission relativement classique où j’allais juste parler de l’actualité. Cela a pris beaucoup de gens par surprise mais ça a surtout renforcé l’identité de l’émission en terme de ton, de sujets que j’aborde ou pas dans l’émission… Tout cela a beaucoup fait réagir.

 

Ensuite il y a l’épisode 3 dans lequel je parle de Brenda Biya, fille du président camerounais qui a été aussi beaucoup partagé. Je pense même qu’il s’agit de l’épisode le plus partagé de la première saison, le plus commenté également et encore une fois c’est parce que les gens ne s’attendaient peut-être pas à ce que je puisse commenter ce genre de choses publiquement. Après, le caractère politique du thème a fait que les pros et les antis s’en sont servis pour appuyer leurs argumentations respectives mais je ne suis pas rentrée dans ce jeu. Je voulais surtout faire un commentaire en réaction à l’actualité du moment qui concernait cette personne et parler plus globalement de la question des personnages publics qui sont liés au chef de l’Etat, ce qu’ils peuvent être amenés à dire publiquement ou pas et les répercussions que cela peut avoir. C’était donc ça, l’idée et l’épisode a eu beaucoup de succès.

 

Pour finir,  je dirais l’épisode 12 dans lequel j’aborde la question des personnalités publiques et politiques africaines qui vont se faire soigner à l’étranger… Un épisode qui a été très repris aussi parce que je pense que ça faisait écho à une réalité que beaucoup d’africains connaissent et avec laquelle ils ne sont pas d’accord pour des raisons plus qu’évidentes, d’ailleurs. Avoir mis carte sur table en disant que ce n’était pas normal pour des dirigeants locaux,  – surtout en période de crise sanitaire – d’aller se faire soigner à l’étranger, que cela en disait long sur la gouvernance et sur le manque d’investissements qui sont faits sur le plan sanitaire en Afrique. Donc encore une fois c’est un peu lié à l’éthique, à la bonne gouvernance et l’épisode a aussi eu un bel impact.

 

Les sujets les plus sensibles sont notamment ceux liés à la politique ; n’as-tu pas peur de finir avec une cible pointée sur votre front ?

C’est une question très récurrente, c’est je pense même celle qui m’a été le plus posée en commentaire ou par message sur cette première saison. Alors non, je n’ai pas peur de finir en cible. Je sais que ça va potentiellement arriver parce que j’ai reçu quelques signaux en ce sens mais je n’ai pas peur parce que j’ai toujours la conviction que je ne pointe pas du doigt les gens personnellement. Je m’attaque à la limite aux fonctions, à ce qu’elles représentent ainsi qu’au manque d’éthique, de transparence vis-à-vis de la population. Alors je ne pense pas faire quoi que ce soit de mal, je ne suis pas dans de la méchanceté gratuite sans argumentation. En revanche, j’interroge, pose des questions et je pense que c’est un droit qui est propre à tout le monde. Maintenant pour ce qui est de la réaction des uns et des autres, je suis bien consciente que mettre ce type de contenu dans l’espace public va générer des réactions, provoquer des accords et des désaccords et cela ne me dérange pas. En ce qui concerne les menaces, quelles qu’elles soient, je considère que ça va avec l’émission, ça fait partie du package et je suis prête à assumer ce qu’il en adviendra. Je n’ai pas de peur, je n’ai pas de paranoïa sur ce sujet parce que je ne me sens pas coupable de ce que je fais ou de ce que je dis dans l’émission. Je pense prendre un minimum de précautions mais je ne veux pas non plus m’autocensurer, notamment sur des sujets qui concernent ceux qui sont supposés nous diriger. Ce ne sont pas des affaires privées dont je me mêle mais bien des affaires publiques, de la gestion publique ou alors des personnalités qui sont publiques. Et si cela fait de moi une cible je pense que je serais une cible parmi d’autres.

 

Malgré les menaces, les blocages sur les réseaux etc… Qu’est-ce qui te donne la force de continuer dans cette aventure à risques ?

Honnêtement je ne suis pas du tout affectée par les blocages sur les réseaux sociaux. Je suis sur les réseaux sociaux depuis près d’une quinzaine d’années donc je comprends plutôt bien comment la toile fonctionne, je sais comment les réactions sont provoquées et je sais les anticiper la plupart du temps. Pour ce qui est des menaces je viens d’y répondre. J’ai une vision très claire de ce que je fais, de la direction que je prends. Je suis consciente qu’il y a des risques mais ce ne sont pas des risques aussi alarmants que l’on pourrait penser. Je ne me sens pas en danger de mort en tout cas.. Je ne me sens pas prise au piège ou sous la menace d’un danger imminent. Je ne vois rien pour le moment qui m’empêche de poursuivre mon émission, et si jamais un jour quelque chose m’en empêche se sera probablement pour des raisons privées mais aucunement en raison d’une pression extérieure.

 

Jusqu’à présent c’est un sans-faute niveau véracité de vos informations. Comment t’assures tu  de la fiabilité de tes sources et que les informations que tu as ne sont pas fausses ou diffamatoires ?

La véracité de l’information est cruciale pour nous. Il en va de la crédibilité de ce qu’on produit et donc on vérifie en permanence les informations et les sources. Parfois quand c’est nécessaire on  se rapproche de quelques journalistes fiables que l’on connait, juste pour s’assurer que ce qu’on a vu, lu ou entendu est véridique ou pas. Quand nous n’avons pas du tout l’assurance que l’information soit vraie, soit nous n’en parlons pas, soit nous précisons que l’information n’est pas confirmée, qu’elle est sujette à interprétation et que nous sommes en attente de confirmation. Il s’agit d’être très prudent et de s’assurer qu’on ne diffuse pas d’information fausse. Et quand bien même une erreur serait commise, puisque personne n’est infaillible, on fera en sorte de toujours rectifier le tir dans l’émission d’après et de rappeler que sur telle information qu’on a cru vraie, il y a eu une erreur. C’est vraiment du travail journalistique de recherche d’informations, de croisement de sources, d’enquête…  Cela demande d’avoir une approche très méticuleuse de l’information et exercer un esprit critique. Il ne s’agit pas de rejeter tout en bloc mais de questionner, essayer d’y voir du sens, d’y mettre du sens aussi et enfin assumer l’interprétation que l’on en fait.

 

Alors Paola, que nous concoctes-tu pour la prochaine saison ?

Pour la prochaine saison, ce qu’on prépare c’est déjà de travailler sur la diffusion. Pour le moment, elle se fait sur Facebook et YouTube. On va essayer d’ouvrir et rendre l’émission diffusable sur d’autres supports pour toucher un peu plus de monde. Ensuite, on va essayer d’améliorer certaines choses sur le plan purement visuel, rendre l’émission un peu plus dynamique et intégrer un peu plus les spectateurs. Nous allons par exemple leur dédier une rubrique où ils/elles auront la parole, on va aussi améliorer des choses comme le montage, la présence sur les réseaux sociaux. Il y a pas mal de choses qui arrivent. On compte aussi beaucoup sur les retours et suggestions de notre public, pour toujours améliorer l’émission sur la durée.

 

Merci infiniment de nous avoir accordé de ton temps et vivement la saison 2!

 

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